Le blog du Rajad

L’Onu juge l’agriculture camerounaise

Posted on: 3 décembre 2012

Olivier De Schutter, Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation au Conseil des Droits de l'Homme des Nations unies.

Olivier De Schutter, Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation au Conseil des Droits de l’Homme des Nations unies.

Olivier De Schutter, le Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation au Conseil des Droits de l’Homme des Nations unies a effectuée une mission au Cameroun et livré ses premières conclusions. L’agriculture du pays va mal et l’accès à une alimentation équilibrée reste un pari à relever.

« En dépit de l’adoption d’une série de mesures visant à la réduction de la pauvreté, le Cameroun a fait peu de progrès vers l’élimination de la pauvreté et la faim au cours des dix dernières années », tranche Olivier De Shutter, Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation au Conseil des Droits de l’Homme des Nations unies. Ce diplomate a effectué en juillet une visite officielle au Cameroun à l’invitation du gouvernement camerounais. Le diplomate note entre autres que la proportion de la population camerounaise qui vit en dessous du seuil de pauvreté est restée quasiment stable (autour de 40 %) depuis 2001 et que l’insécurité alimentaire n’a que faiblement diminué.

Les personnes les plus vulnérables à l’insécurité alimentaire se recrutent dans les zones rurales. Ainsi 9,6 % des ménages ruraux, comparés à 6,7 % dans les zones urbaines, n’ont pas accès à une nourriture suffisante en raison de la pauvreté et de leur incapacité à produire assez de nourriture pour leur propre consommation. Les observations du diplomate onusien révèlent que 33 % des enfants souffre de malnutrition chronique, ce qui entrave gravement leur croissance et leur développement. La situation étant particulièrement grave dans les zones rurales, comme en témoigne l’indice d’insuffisance pondérale chez les enfants, affectant 20 % en milieu rural contre 7 % en milieu urbain.

 

Une situation alarmante dans le septentrion

Une forte disparité existe aussi entre les régions. L’insécurité alimentaire étant plus chronique dans les régions de l’Extrême Nord et du Nord, suivies des régions anglophones du Sud-ouest et du Nord-Ouest. Le haut niveau de l’insécurité alimentaire dans les régions du Grand Nord est lié à des conditions climatiques et aux aléas climatiques récurrents, y compris des inondations en 2010 et des sécheresses en 2009 et 2011. Selon une évaluation de la sécurité alimentaire effectuée en 2011, 81 pour cent des ménages ruraux dans la région du Grand Nord, où résident 30 pour cent des Camerounais, sont dans une situation d’insécurité alimentaire.

Un marché à l'Ouest du Cameroun.

Un marché à l’Ouest du Cameroun.

Pour limiter ces effets, le gouvernement avait déclaré une situation d’urgence dans la région de l’Extrême-Nord, et un appel à l’aide internationale avait été lancé. Une unité d’alerte précoce (National Early Warning Unit) avait été créée au sein du ministère de l’Agriculture et d’autres structures de gouvernement pour coordonner la réponse aux situations d’urgence alimentaire récurrente. « Des interventions en amont, visant à renforcer la capacité de production locale et à préparer la population à faire face aux impacts des chocs climatiques, sont à la fois plus efficaces et moins coûteuses que des interventions entamées une fois que la crise se déroule », fait remarquer Olivier De Shutter qui salue néanmoins l’initiative du gouvernement. Il appelle par ailleurs les partenaires du Cameroun à en tirer les conséquences s’agissant des modalités de déclenchement de leur réponse aux appels à la communauté internationale.

Associer aux ministères de l’agriculture et du développement rural et à celui du commerce, les ministères en charge du travail, des affaires sociales, de la formation professionnelle et de la promotion de femme permettraient selon Olivier de Shutter de se rapprocher des objectifs de sécurité alimentaire au Cameroun. « En outre, il faut renforcer le dialogue avec la société civile et avec les organisations de producteurs …, prendre des mesures garantissant la sécurité alimentaire dans le court terme, notamment en renforçant l’abordabilité des denrées alimentaires de base pour les groupes défavorisés, et préparer le long terme, en allant vers un élargissement de la protection sociale et vers une relance des cultures vivrières permettant au pays de réduire sa dépendance sur l’évolution des prix sur les marchés internationaux », sont entre autres pistes de solutions que propose Olivier De Shutter. La mission de ce diplomate au Cameroun donnera lieu à un rapport qui sera présenté au Conseil des Droits de l’Homme à sa vingt-deuxième session, qui se tiendra en mars 2013.

Charles Ngah Nforgang

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et recevoir des notifications de nouveaux articles par mail.

Rejoignez 9 autres abonnés

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :