Le blog du Rajad

Cameroun : des producteurs de cacao et de poivre se frottent les mains

Posted on: 2 octobre 2012

Un producteur de poivre camerounais.

Grâce à l’appui d’une Ong locale, des producteurs de poivre et de cacao améliorent en quantité et en qualité leur rendement. Ils vendent au plus offrant et sont autonomes. La maitrise du processus, du semis à la vente, permet à chaque acteur de trouver son compte.

Entre les localités de Loum et Penja, une route non bitumée mène à Tombel. Après deux kilomètres de route, notre guide, moto taximan, rompt le silence. « Nous sommes déjà dans la zone de Bouba », nous apprend-il. Le long de la route en latérite, des cacaoyers propres, qui débordent de bonne santé et dont les troncs portent de grosses et nombreuses cabosses jaunes retiennent l’attention.

Le spectacle continue jusqu’à Bouba 1, village où vivent les propriétaires de ces belles plantations. Chaque case éclairée à l’aide de groupes électrogènes compte un séchoir moderne. Des fèves de cacao sur lesquelles veillent des jeunes y sont exposées. « Nos cases en planches sont en train d’être remplacées par des maisons en matériaux définitifs et tout cela est l’œuvre de la bonne santé de nos cacaoyères et surtout de notre structuration depuis bientôt cinq ans », fait remarquer Angilbert Fokou, président du conseil d’administration de l’Union des Groupes d’initiatives communes (Gic) de Bouba (UGB), qui regroupe huit Gics de producteurs de cacao.

 

Les fruits d’une bonne structuration

Choqué par le comportement des « coxeurs », ces acheteurs de cacao qui sillonnent les  zones de production, Angilbert Fokou crée en 2009 un Gic. Objectif : regrouper les producteurs de son quartier et procéder à la vente groupée de leur produits. L’expérience est réussie et il est suivi par d’autres villageois qui créent de nouveaux Gics. Cet effort de structuration va marquer le Centre d’insertion aux métiers agricoles et ruraux (Cimar), un organe crée par Agro-Pme Fondation en 2008 dans le cadre de ses activités d’appui à l’insertion socioéconomique des jeunes sans emploi et de soutien aux petits paysans pour l’accès aux marchés dans les meilleures conditions possibles.

La finalité de cette structure est de lutter contre la pauvreté et d’améliorer  les conditions de vie des populations rurales. Elle encourage les différents Gics de Bouba à former une fédération dénommée UGB. Grâce à une école paysanne crée dans la localité, le Cimar  forme les producteurs aux techniques modernes de production et leur apporte l’outillage nécessaire. Ils sont par ailleurs assistés dans le traitement du verger, la construction de séchoirs modernes qui évitent tout contact des fèves de cacao avec la fumée. « Nous évitons au maximum les intoxications de fèves grâce à la limitation des résidus de pesticides, séchons le cacao dans des séchoirs modernes. Du coup, notre cacao est un cacao de qualité supérieure qui fait courir de nombreux clients. Nous sommes en train de construire un label », se vante Angilbert Fokou.

 

Les producteurs vivent mieux

Le Cimar a contribué à l’amélioration de la qualité et de la production cacaoyère de Bouba, et démultiplié les revenus des producteurs. Ces derniers procèdent deux fois par mois à une vente groupée de leurs produits sur place dans le village. « Avec les coxeurs, on avait difficilement vendu le kilogramme de café à 1000 Fcfa, aujourd’hui on est au moins à 1100 F et avons atteint une fois 1700 Fcfa », confie le président de l’UGB. Grâce au partenariat noué avec l’ONCC, les paysans sont informés au quotidien par Sms du coût du cacao à Londres, à Douala et des coûts minima ou maxima de vente du produit au pays.

Séché, chaque cacaoculteur transporte son cacao au magasin de l’Union. Celui-ci est testé à l’aide d’un hydromètre qui permet d’apprécier le taux d’humidité qui ne doit pas dépasser la barre de 8. Au-delà, le producteur est prié d’aller le sécher de nouveau et attendre la prochaine vente. Le tonnage global est arrêté et communiqué par téléphone aux potentiels clients déjà identifiés. Chacun propose son prix et le plus offrant l’emporte. Le gagnant de la mise du jour verse directement le montant arrêté dans le compte du groupement à la microfinance Mc2 de Njombe. « Grâce au Cimar, le groupement à un compte, tout comme la plupart des membres. Une fois que l’argent est transféré dans ce compte par le client, il vient à Bouba procéder à la pesée et emporter son cacao. Les signataires de notre compte se contentent alors de transférer les montants qui correspondent au cacao proposé par chaque membre dans son compte personnel. Plus besoin de traîner de grosses sommes et courir le risque d’une agression », explique Angilbert Fokou.

Le Cimar a également mis en contact les producteurs de Bouba avec la société industrielle camerounaise de cacao (Sic cacao) qui transforme environ 30.000 tonnes de cacao local au profit des chocolateries de la Suisse, du Nigeria et des pays de la Cemac. Cette société s’est engagée à adapter la qualité de la production à son goût en offrant aux producteurs un produit qu’il devait mélanger aux fèves avant la fermentation et les a imposé le séchage au soleil. Les producteurs vont vite déchanter à cause des prix proposés par Sic cacao après deux ventes. « Nous vendons notre cacao au plus offrant et avions été obligé de rompre le contrat avec Sic Cacao après avoir constaté que ses prix étaient inférieurs aux prix proposés par d’autres clients« , explique le président de l’UGB.

L’organisation prélève 10 Fcfa par Kg de cacao vendu par ses membres. La moitié de cette somme est affectée à son fonctionnement et l’autre à la réalisation des projets de développement du village. Elle a doté le collège du village d’un bâtiment, le stade de football d’une tribune et acheté un lopin de terre pour la construction de son magasin. Grâce à un appui de 17 millions obtenu du Ministère de l’agriculture grâce à l’entregent du Cimar, l’UGB a fait des achats des pesticides et d’intrants qu’il distribue à ses membres et recouvre l’argent ensuite pour reconstituer le fonds. L’Union dispose déjà de 11000 plants prêts à rentrer sous terre qui seront distribués à ses membres. Un autre appui du Cimar qui entend ainsi aider ces cacaoculteurs à renouveler chaque année leur verger avec des plants de qualité.

Les producteurs de poivre ne sont pas en reste.

Le Cimar contribue aussi à la structuration des producteurs de poivre de l’arrondissement de Penja. L’objectif étant d’arriver à donner un label à l’un des meilleurs poivres au monde, cultivé dans cette zone et permettre aux producteurs d’en jouir pleinement. « Nous les avons structuré et les accompagnons en partenariat avec l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (Oapi) dans le processus d’identification géographique qui est l’étape principale pour arriver à la certification », explique Simon Pierre Bikele, le directeur du Cimar. Les producteurs de poivre ont été encouragés à se regrouper au sein du groupement représentatif de l’identification géographique poivre de Penja.

Le cluster poivre, alors mis en place, travaille en synergie. On compte dans cette dynamique une association de pépiniéristes dont les membres produisent les pépinières de poivre. Ces dernières sont ensuite mises à la disposition des producteurs regroupés eux aussi dans une association différente qui constitue le maillon essentiel de la chaîne. « Un poivrier met quatre à cinq ans avant de commencer à produire, ensuite, il faut investir beaucoup d’argent à toutes les étapes jusqu’à la récolte », explique René Claude Metomo, producteur de poivre et Président du groupement représentatif de l’identification géographique poivre de Penja. A l’en croire, une fois récolté, le producteur doit disposer de séchoir, de bacs de trempage, de seaux, de l’eau potable et de plusieurs autres équipements qui nécessitent de lourds investissements.

Le poivre récolté doit être vendu et pour le faire, une association des distributeurs a été créée. Ils reçoivent le produit dans des conditionnements, dont des sacs de 50kg, ou encore dans des conditionnements d’1kg, 500 g, 100 g ou 50 g destinés aux supermarchés. Trop prisé, le poivre de Penja est vendu dans l’union européenne et dans plusieurs autres pays africains.

 

Protéger le marché et gagner plus

Du fait de sa notoriété, de nombreuses personnes vendent un poivre différent parfois importé et le présente comme poivre de Penja. « La seule façon de nous en sortir, c’est d’obtenir un label qui sera protégé et cela passe par le processus d’identification géographique déjà engagé », pense Eric Claude Metomo. La zone de production sera alors circonscrite. Les producteurs respecteront un cahier de charge et leur récolte sera conditionnée dans une unité qui y apposera une vignette avant la mise sur le marché national et international. « Il sera alors facile de séparer le bon grain de l’ivraie et de permettre à tous les acteurs de la chaîne de gagner gros. Nous sommes si sollicités à l’étranger qu’une fois ce préalable acquis, les producteurs de poivre rouleront sur de l’or », soutient-on au groupement représentatif de l’identification géographique poivre de Penja.

Charles Ngah Nforgang

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