Le blog du Rajad

Potentiel agricole du Cameroun : Contraintes et voies de sortie

Posted on: 1 octobre 2012

Afrique en miniature aux terres fertiles et propices à tout type de culture et  d’élevage, le riche potentiel agricole du Cameroun est encore sous exploité et ne lui permet pas d’assurer son autosuffisance alimentaire. Des voies de sorties de cette situation alarmiste existent pour autant : Tentatives de solutions.

 

Le potentiel agricole du Cameroun est énorme et incontestable en Afrique Centrale. Avec une superficie de 4754 442 km2, le pays dispose de 71 250 km2 de terre arables dont seulement 29% sont jusqu’ici exploitées. 71% demeurent encore inexploitées et attisent même déjà les convoitises de nombreux investisseurs étrangers. Son climat qui va du climat équatorial humide près de l’Océan Atlantique, au climat tropical sahélien dans les régions proches du Lac Tchad constitue un avantage supplémentaire. Les cultures de rente à l’instar du cacao ou du café destinés à l’exportation sont cultivés dans le pays depuis des décennies et bien avant l’accession du pays à l’indépendance.

Le Cameroundispose  d’importantes potentialités  en matière de pêche qui résulte des 420 Km de côtes maritimes avec des forêts de mangroves et des lagunes, des barrages de retenue d’eau et d’un réseau hydrographique très dense exploitable pour la pêche et la production halieutiques et propice au développement de l’agriculture irriguée. La pisciculture gagne progressivement du terrain et est comprise entre 2 300 et 20 000 tonnes par an. Le Cameroun est un grand pays d’élevage. On y élève notamment des bovins avec un cheptel estimé à environ 6 millions de tête, des petits ruminants, des porcs, des volailles, des équins, des asins et des camelins… Des cobayes, des aulacodes, des crocodiles, des grenouilles géantes, des rats de Gambie entre autres complètent la liste des animaux élevés dans le pays.

Et pourtant l’autosuffisance alimentaire demeure un leurre

Ce riche potentiel agricole souffre pourtant de nombreuses contraintes qui empêchent définitivement le pays d’assurer sa souveraineté alimentaire. Le Cameroun est encore fortement dépendant des exportations des denrées alimentaires et des produits halieutiques. Le volume des exportations est de plus en plus élevé.

La pêche artisanale est encore dominée par les étrangers, notamment les nigérians et les ghanéens qui n’hésitent pas à déverser le poisson pêché dans les eaux camerounaises à l’étranger. Des chinois qui ces dernières années ont obtenu plusieurs permis de pêche ou qui exploitent des permis à eux cédés par des nationaux en font de même. Ils sont par ailleurs régulièrement accusés d’utiliser le chalut-bœuf, une technique dévastatrice pour la faune aquatique. La dotation budgétaire allouée au Ministère de l’agriculture et à celui de l’élevage des pêches et des industries animales est de loin de loin inférieure à 10%. Seuil pourtant décidés par les différents chefs d’Etats et de gouvernements africains dont le Cameroun à Maputo il y’a bientôt dix ans.

L’agriculture locale est aussi handicapée par la corruption. De nombreux budgets affectés au développement de cette activité et à des programmes spécifiques de ce secteur d’activité sont détournés par les fonctionnaires en charge de leur gestion. Une enquête réalisée par l’association citoyenne pour la défense des intérêts collectifs et plus tard entérinée par la commission nationale anti-corruption avait révélé que plus de 60% du budget alloué au développement de la filière maïs en 2008 avait en guise d’exemple été détourné.

Il manque par ailleurs une certification et une faible prime à la qualité pour les producteurs des cultures de rente à l’instar du cacao ou encore du café. Faute d’appui, les producteurs ne sont pas assez bien structurés et les marchés où se rencontrent l’offre et la demande ne sont pas organisés. Les nombreuse recherches sortis des centres et instituts de recherche ne pas sont suffisamment vulgarisés et profitent difficilement aux petits producteurs qui habitent les zones rurales. Les politiques agricoles sont mal adaptés et ne correspondent pas toujours à la réalité des secteurs de l’agriculture et de l’élevage. Les intrants agricoles et notamment les engrais coûtent chers et ne sont pas à la portée des petits producteurs. La mécanisation est l’affaire des grandes sociétés industrielles dont l’essentiel de la production est pourtant destinés à l’exportation et non au marché local.

La politique foncière est un autre frein au développement de l’agriculture. Les femmes par exemple qui constituent un maillon important dans le secteur de l’agriculture n’ont culturellement pas accès à la propriété foncière. Les routes et moyens de transport inexistants ou délabrés ne permettent pas le transport facile  des produits des zones rurales vers les centres urbains où la demande est plus forte.  L’agriculture camerounaise souffre par ailleurs d’une carence de ressources pour accroître les investissements dans le secteur, faute d’une banque agricole. Les banques ordinaires ne lui accordent pratiquement pas des crédits. Le déficit criard en statistiques sur le secteur agricole pénalise considérablement le secteur agricole et déteint sur la qualité des politiques agricoles. Accéder à l’information agricole est une gageure à cause d’une part de la trop grande dispersion des services en charge de la collecte et d’autre part par l’inexistence d’un système d’information agricole capable de centraliser la multitude des études et enquêtes sectorielles touchant directement le secteur rural

 

Des voies de sorties existent pour autant

Augmenter le budget alloué à l’agriculture jusqu’à 10% tel que décidés par les chefs d’Etats africains réunis à Maputo sous l’égide de l’union africaine en 2002 constitue une étape décisive à la relance de l’agriculture. Ce budget doit être accompagné d’une politique agricole réaliste et objective centré sur des objectifs clairs et précis et échelonné sur une période bien précise. La sécurisation des fonds débloqués doit constituer un autre cheval de bataille afin d’éviter les détournements qui sont monnaie courante dans le secteur de l’agriculture.

Une véritable politique de facilitation des investissements dans le secteur de  l’agriculture doit être opérée. Elle peut être rendue possible par la création d’une banque agricole. Octroyer des subventions aux petits producteurs permettrait par la même occasion d’augmenter considérablement la production agricole. En effet, 90% des agriculteurs sont de petits producteurs qui font dans de la culture associée sur moins d’un hectare de terre et qui fournissent 95% de la production vivrière du pays. L’augmentation de la production locale permettrait alors un nivellement des prix sur le marché, étant donné que sur les marchés les prix varient en fonction de l’offre. Favoriser aussi les investissements étrangers dans le secteur tout en veillant qu’ils créeraient des emplois et que la production sera écoulée sur place…

Charles Ngah Nforgang

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