Le blog du Rajad

rajadL’entreprise  GEAIFEC.SA avait promis une école, l’électricité, l’eau… Les habitants de cette commune forestière proche d’Efoulan n’ont rien eu du tout. Mais le bois, lui, a bien été coupé. Ce qui a provoqué un véritable soulèvement.

 

Plus possible pour les grumiers transportant des billes de bois de traverser le pont sur la rivière Melangue. Cette passerelle construite en 2010 par le groupe d’études d’agro-industries des familles Etoundi du Cameroun (GEAIFEC.SA), pour faciliter le transport du bois de la forêt vers les centres urbains a été brûlé par les populations du village Melangue 2. Sur place l’impact du feu est encore visible, rendant désormais la traversée difficile même pour les piétons.

En décembre 2012, les populations de ce village de l’arrondissement d’Efoulan, se sont soulevées contre cette société qui exploite une concession de 4500 ha de forêt dans leur localité. « La société GEAIFEC.SA ne respectait pas le droit d’usage des populations riveraines », explique Pierre Claver Effa Minko, chef du village de Melangue 2.

Plus d’un an auparavant, en mai 2011, le village avait exigé de l’exploitant une école maternelle, de l’électricité, une adduction d’eau potable et  des denrées alimentaires. Un mois plus tard, une réunion de crise présidée par le général de corps d’armée Pierre Semengue, président du conseil d’administration de cette société permet de trouver un terrain d’entente. Japhet Leussa, directeur administratif et des ressources humaines, annonce aux chefs des villages concernés la remise imminente des dons en réponse à leurs doléances. Il demande aux populations de permettre que le travail avance sur le terrain où leurs équipes étaient déjà à pied d’œuvre.

 

Taxe de récupération des produits forestiers

Les engagements n’ont pas été respectés. « Les populations n’ont rien reçu, encore moins la mairie… Mais le bois est sorti de la forêt en grande quantité, jusqu’à ce que les populations se soulèvent et décident de brûler le pont qui permettait l’évacuation du bois », explique Richard Ebalé Adjomo, maire d’Efoulan. Il ajoute que la taxe de récupération des produits forestiers due par cette société à la mairie s’élève à 22.000.000 FCFA.

Bien que cette société ait un statut particulier, Francis Durand Nna, délégué départemental des forêts de la Mvila à Ebolowa soutient qu’elle est assujettie au paiement de la taxe. « Elle doit être payée aux populations riveraines, notamment à la commune, à concurrence de 2000 FCFA par mètre cube. Ce jour, cette société a 22.000.000 FCFA d’arriérés »

La GEAIFEC.SA, est aujourd’hui dissoute. Augustin Jean Eding, nommé par les dirigeants pour coordonner  la récupération du bois de la forêt de Mélangue 2, reconnaît que les revendications de la population sont fondées. Selon lui, c’est l’ex-directeur, limogé par la suite, qui a dupé les populations. « Il a détourné les fonds que l’entreprise lui a versés pour régler les taxes que la commune devait percevoir. Il a également reçu les fonds pour la réalisation des œuvres sociales. Mais il n’a rien fait », affirme-t-il.

 

Saisir l’administration forestière ou la justice

Joseph Ntsengue Levodo, délégué régional du Ministère de la forêt soutient que si l’exploitant s’est engagé à réaliser certains projets sociaux, il doit le faire. Mais il n’apprécie pas pour autant le comportement  des populations de Melangue 2. « La meilleure façon de revendiquer ces projets ce n’est pas de détruire un pont. C’est de saisir la justice ou l’administration compétente, à savoir le Ministère. »

Pierre Chekem, directeur de  Partnership, une organisation de la société civile  qui intervient dans le secteur de la gouvernance forestière, abonde dans le même sens. « Quand on est lésé, on doit aller se plaindre auprès des autorités compétentes ».  Il recommande aux populations victimes de tels abus de solliciter une concertation pour établir les responsabilités. « Le sous-préfet, le commandant de la brigade  de gendarmerie, les représentants des communautés et le délégué départemental du Ministère seront conviés à cette réunion ». A l’issue de cette rencontre, un procès verbal des conclusions sera dressé. Ce qui permettra d’engager des poursuites judiciaires.

Jérôme Essian (JADE)

 

 

Eclairage

“L’exploitant forestier est assujettit au paiement de la redevance forestière”

 

Joseph Ntsengue Levodo, délégué régional du Ministère de la forêt et de la faune (Minfof) à Douala, explique les droits des populations riveraines des concessions forestières.

 

Quels sont les droits des populations riveraines des concessions forestières ?   Si votre village est situé côté d’une concession forestière, vous ne pouvez pas y aller prendre du sable, à moins que ce soit prescrit dans un plan d’aménagement, qui précise les conditions d’exploitation. Par contre, les populations riveraines bénéficient d’un droit d’usage. Autrement dit, on ne vous empêchera pas également d’entrer dans la concession forestière pour ramasser du bois mort, ou récolter des graines qui sont tombées des arbres. Car, l’activité de ramassage n’a pas d’impact sur la conservation de la biodiversité et la durabilité de la forêt.

 

Peuvent-elles également réclamer la réalisation d’œuvres sociales ?

Oui. Mais à condition qu’il y’ait eu une entente au départ avec l’exploitant forestier. Il doit exister un contrat signé entre les deux parties. La réalisation des œuvres sociales (routes, écoles, dispensaires, terrains de jeux) dans le cadre de la contribution des exploitants forestiers au développement local est prévue dans le cahier de charge de l’exploitant forestier

 

Peut-on parler de redevance forestière dans le cas d’une concession?

Tout détenteur d’une concession est assujettit au paiement de la redevance forestière. Elle doit être versée au trésor public à hauteur de 50 %, la collectivité locale perçoit 40% et les populations riveraines 10%. La part des populations leur sera reversée, en concertation avec l’autorité municipale. Car il ne faut pas oublier que ces fonds doivent servir à réaliser des infrastructures socio-économiques.

Propos recueillis par Anne Matho

 

Les articles sont produits avec l’aide financière de l’Union Européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de JADE Cameroun et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l’union Européenne.

Le parc à bois du Port autonome de Douala.

Le parc à bois du Port autonome de Douala.

Le Cameroun n’est pas encore prêt à délivrer des autorisations Flegt attestant de la légalité de son bois destiné au marché européen, dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord de partenariat volontaire (APV Flegt). Il pourra néanmoins continuer à exporter son bois dans l’Union européenne grâce au principe de la « diligence raisonnée ».

 

A la délégation de l’Union européenne, à Yaoundé, comme au ministère des Forêts et de la Faune (Minfof), tout le monde est unanime : au mois de mars prochain, le Cameroun ne sera pas en mesure de délivrer les premières autorisations « Flegt » garantissant la légalité de son bois vendu en Europe. La délivrance de ces autorisations devait concrétiser l’Accord de partenariat volontaire signé entre le  Cameroun et l’Europe il y a un peu plus de deux ans. « Le système de vérification de la légalité ne sera pas encore entièrement mis en place; le système de traçabilité (du bois, ndlr) a beaucoup de peine à se développer », explique Rodrigue Ngonzo, responsable de l’Initiative pour la transparence et la lutte anti-corruption dans le secteur forestier (Itac).

En effet, depuis deux ans, des projets ont été engagés pour favoriser la mise en place d’un système fiable, mais pas n’ont pas abouti à des résultats satisfaisants. «Assurer la traçabilité des bois relève vraiment d’un travail de titan qui s’est avéré beaucoup plus complexe que l’on ne l’avait envisagé au départ », explique Rodrigue Ngonzo. « La mise en œuvre de l’Accord est un processus assez compliqué, assez long », reconnaît Carl Frosio, qui suit le projet à la représentation de l’UE à Yaoundé. Mais, assure-t-il, l’UE est « aux côtés du Cameroun pour la mise en œuvre des grandes reformes prévues dans le cadre » de cet accord.

 

Comme d’autres pays africains

D’’autres pays africains qui ont adhéré à cette initiative ne sont pas, non plus en mesure de délivrer des autorisations. Pour autant, la vente en Europe du bois en provenance de ces pays ne sera pas interdite dans les prochaines semaines. En revanche, une nouvelle réglementation entrera en application le 3 mars en Europe pour encadrer la commercialisation du bois (cf : interview Mbia Ndongo). Le but est de réduire les risques de vente de bois illégal, en attendant que les pays signataires soient prêts. Dès la mise en application de cette nouvelle directive, les opérateurs du secteur bois intervenant sur ce marché seront soumis à des contrôles.

Ceux-ci seront effectués non pas aux frontières, mais par des autorités compétentes désignées par chaque pays membre de l’Union européenne. Il sera ainsi instauré un ensemble de procédures devant obliger l’opérateur à s’assurer de la traçabilité et de la légalité du bois destiné au marché européen. De ce fait, l’acheteur européen sera obligé de se retourner vers son fournisseur de bois au Cameroun, par exemple, pour exiger de lui un ensemble d’informations attestant de la légalité du produit:

Jusqu’à présent, de simples autorisations délivrées par l’administration du pays d’origine du bois garantissaient la légalité du bois exporté. « Des efforts qui permettent de renforcer la confiance et la crédibilité du secteur forestier camerounais et qui permettent de renforcer l’image des produits forestiers camerounais sont de haute importance pour la continuité des exportations de bois vers l’UE à partir de mars 2013 », fait observer Ngonzo.  « Dans tous les cas, l’UE travaillera sur la base d’un système d’évaluation des risques et s’il se trouve que le Cameroun représente un pays à haut risque de fourniture de bois illégal ou à haut risque d’exposition à l’illégalité, alors les mesures visant à contrecarrer le bois camerounais seront encore plus fortes « , prévient-il.

Van DOUANLA (JADE)

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Des grumiersLe transport du bois a parfois un prix élevé pour les communes traversées par les camions de grumes. Les accidents sont nombreux, causant parfois la perte de vies humaines. Les villageois ont le plus grand mal à obtenir réparation. Dans l’indifférence des autorités.

 

Depuis l’accident du premier grumier qui a vu le pont se casser, celui ci n’a toujours pas été réparé. Nous demandons à quand la réparation du pont ?”, se plaint Hélène Meye, une habitante de Bongahèlè, un village situé sur l’axe routier Kribi-Campo. Dans cette localité desservie  par des grumiers de la Société Camerounaise d’Industrie et d’Exploitation des Bois (Scieb), partenaire de la Wijma Cameroun S.A, les billes de bois jonchent les trottoirs. “Je crois que c’est la vitesse des grumiers qui causent ces dégâts.”, croit savoir Michel Tome, opérateur économique  et notable à la chefferie de Bongahèle.

Route barrée

Hélène Meye n’a rien oublié des accidents. “Un samedi à 2 heures du matin, nous avons entendu un grand bruit au niveau du pont du village de Bongahèlè-Jambwouè. Quand nous nous y sommes rendus, nous avons constaté qu’un grumier venant de Campo s’était renversé et qu’une grande partie était dans l’eau”, raconte-t-elle. Le même scénario va se reproduire quelques jours plus tard. “Un autre camion est tombé avant le pont et les billes sont toujours sur place. Cela a été une succession d’accident qui, à mon avis, sont toujours causés par l’excès de vitesse“

Le bois déversé bloque la route et gêne la circulation. Les entreprises forestières, propriétaire du bois ne se mobilisent nullement pour les enlever. Les villageois sont alors obligés de dégager le passage. “Les voitures, explique Hélène, ne pouvaient plus circuler. Le matin, on a pu tirer le grumier et les billes de bois. Mais la route est restée encombrée ”.

 

Sommés de dégager le bois

Finalement, grâce à des démarches menées pendant de longs mois par  Edouma Lobe, le chef du village Bongahè, les autorités ont finalement apporté des solutions. Les billes de bois ont été enlevées et transportées à la base de la Wijma Cameroun S.A à Bidou. Ceci, un an après leur abandon. En violation de la législation forestière qui prévoit l’enlèvement du bois laissé le long des routes dans un délai de 30 jours. “Les responsables de la Société WIJMA m’ont dit qu’ils avaient été sommés par l’administration de dégager les billes de bois…Je  leur ai fait signer une décharge  qui me permet de savoir leur destination ”, explique le chef du village.

Plus grave encore, les villageois ne sont pas dédommagés en cas de pertes en vie humaine. “Nous avons déjà perdu deux jeunes hommes à cause de ces billes de bois. Il y a eu un coup de frein de grumiers qui a fait perdre l’équilibre à l’un d’eux il s’est retrouvé sous un pick up qui l’a écrasé.”, s’indigne Michel Tome, déplorant l’abandon des familles éplorées. “L’administration a été saisie, mais rien n’a été fait”, s’indigne-t-il.

Contactés dans leur scierie située à Bidou 1, les responsables de la Société forestière WIJMA n’ont pas voulu s’exprimer. “Prenez contact avec la Direction générale de la Scieb, notre partenaire chargée du transport des billes de bois à Douala”, ont-ils répondu.

Malheureusement, la législation ne prévoit pas la réparation du préjudice subit en cas d’accidents causés par les grumiers. “Les accidents de la route relève du droit commun. Les victimes doivent saisir les tribunaux”, martèle Gérard Mendoula, un fonctionnaire du ministère des Forêts.

Jean Ismael Bekile et Anne Matho (JADE)

 

 

Encadré

 

Que prévoit la loi en matière de bois abandonné ?

 

“Les billes abandonnées dans les parcs à bois en forêt et le long des routes font l’objet d’un constat dressé sur procès-verbal par le responsable local de l’administration chargée des forêts”, stipule l’article 112 du décret n° 95/531/PM du 23 août 1995 fixant les modalités d’application du régime des forêts. Une sommation est alors notifiée aux propriétaires du bois, en vue de son enlèvement immédiat. En cas de refus d’obtempérer, ils perdent tout droit de propriété sur ce bois abandonné. “Trente jours après la notification, le  bois est  réputé appartenir à l’Etat”, tranche le décret. Ils sont vendus. Quant aux contrevenants, ils s’exposent à des pénalités.

La vente de ce bois est régit pas des règles précises. “Toute personne désireuse de récupérer du bois échoué doit en faire une demande timbrée auprès du responsable local de l’administration. La récupération est faite après paiement par l’intéressé du prix de vente dont le montant est fixé par la loi de Finances”, précise l’article 113 du décret de 1995.

Anne Matho (Jade)

 

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slow foodLa Fondation Slow Food basée à Bra en Italie appelle les africains à consommer leurs produits locaux afin de retrouver et conserver leur véritable identité et conquérir leur souveraineté perdue.

 

Le constat fait par la fondation slow food dont le siège est en Italie avec des représentations dans une trentaine de pays africains est clair. “Les africains délaissent leur propre gastronomie pourtant très riche au profit de la gastronomie européenne ou étrangère”. Or à en croire Carlo Petrini, président international et fondateur de Slow Food, “la colonisation aujourd’hui passe par la gastronomie et il est temps d’y mettre fin en sensibilisant les africains à consommer africains”, soutient-il au cours d’un échange avec des journalistes africains au siège de la fondation en Italie.

Pour le président de cette organisation qui a engagé un projet visant à créer 1000 jardins maraîchers dans de nombreux pays africains, dont plus de la moitié sont opérationnels, la souveraineté d’un peuple ou d’un pays passe par la souveraineté alimentaire. “Les africains ne connaîtront pas de souveraineté alimentaire tant qu’ils ne consommeront pas les mets africains et ne respecteront pas les producteurs locaux”, pense Carlo Petrini.

 

Exode rural et Ogm

La fondation Slow food regrette la percée de l’exode rural qui fait fuir de nombreux jeunes des campagnes pour les villes. Or en ville, il n’y a pas de terres à cultiver. “On ne consomme pas l’ordinateur, mais la nourriture. Nous devons aider les jeunes africains à s’intéresser à l’agriculture et leur en donner les moyens”, invite Carlo Petrini. Il regrette par ailleurs que les organismes génétiquement modifiés soient introduits subrepticement en Afrique. Ceux-ci comportent des conséquences fâcheuses qui ne sont pas maîtrisées par les africains. “Nous sommes contre les Ogm parce qu’ils consomment beaucoup d’eau et leurs effets sur la santé de l’homme n’ont pas encore été prouvés. Bien plus, ils sont produits par des multinationales à qui il faudra toujours payer des royalties”, dénonce le président de Slow food.

Cette fondation qui ne manque pas l’occasion d’appeler les africains à dénoncer les Ogm soutient par ailleurs que les européens manque de respect à l’Afrique en tentant d’y introduire des cultures pourtant interdites en Europe. Carlo Petrini fait remarquer que l’introduction des Ogm en Afrique va contribuer à la perte de la biodiversité chère à l’Afrique du fait de ce type d’agriculture qui est généralement intensive. “Nous devons amener les jeunes africains à le savoir et les journalistes doivent s’approprier ce combat, en plus du combat de la décolonisation de la gastronomie africaine”, interpelle Slow.food. Cette fondation a financé la production des guides et des livres de cuisine pour mets africains en fonction des pays et accompagne des africains dans la création de restaurants spécialisés en mets africains.

Slow Food est une organisation mondiale fondé en 1989 avec plus de 100 000 adhérents dans plus de 150 pays à travers le monde. Les différents membres sont mus par la volonté d’établir un lien entre le plaisir de la bonne nourriture avec un engagement envers leur communauté et l’environnement. Organisation à but non lucratif, Slow food a l’ambition de contrer la montée de la restauration rapide connu sous le nom de Fast food qui contribue à la disparition des traditions gastronomiques. Elle milite pour la prise en compte des choix alimentaires des différentes communautés et la manière dont ceux-ci affectent le reste du monde.

Oumarou Doukhali

Les nouvelles variétés de manioc.

Les nouvelles variétés de manioc.

Cinq nouvelles variétés, plus productives, devraient redonner ses lettres de noblesse à un produit consommé par près de 85 % de la population locale.

 

Bonne nouvelle pour les producteurs camerounais de manioc. Cinq nouvelles variétés améliorées de manioc, expérimentées par l’International institut of tropical agriculture (IITA) en collaboration avec le Programme national de développement des racines et tubercules (Pndrt) et l’Institut de recherche agricole pour le développement (Irad), sont en cours de vulgarisation au Cameroun depuis septembre dernier. Elles vont booster la production annuelle de manioc du Cameroun, qui n’est actuellement que d’environ 19 millions de tonnes, alors que la demande se situe autour de 50 millions de tonnes.

 

25 tonnes/ha au lieu de 12

« Leur rendement est de 25 à 27 tonnes par hectare contre une production de 12 tonnes maximum pour les variétés non traitées », ont affirmé leurs promoteurs au cours de la cérémonie de lancement sur le campus de l’IITA à Yaoundé, le 11 septembre dernier. Par ailleurs le cycle de production de ces boutures améliorées serait court, les récoltes se faisant 12 mois après la plantation, alors que les variétés traditionnelles n’atteignent la maturité qu’à partir de 18 mois. Grâce à leurs caractéristiques, les nouvelles boutures profiteront aux populations de toutes les localités du Cameroun. Sur les cinq variétés mises sur le marché, quatre sont appropriées aux terres humides du sud du pays. L’autre offre l’avantage d’être adaptée à la zone sahélienne (Nord du Cameroun), parce qu’étant plus résistante à de longues sécheresses.

Le tapioca, un produit issu de la transformation du manioc.

Le tapioca, un produit issu de la transformation du manioc.

 

Diversifier les produits

Au Cameroun, le manioc qui est consommée par 85 % de la population, rapporte plus de 25 milliards de Fcfa par an et représente la deuxième source de revenu dans les zones rurales après les cultures de rente notamment le café et le cacao. Conscient de l’enjeu de cette culture pour l’économie camerounaise, Essimi Menye, le ministre camerounais de l’Agriculture et du Développement rural (Minader), a encouragé les producteurs camerounais à acquérir ces innovations. “Les Camerounais gagneraient à s’engager dans la production non plus seulement domestique, mais aussi industrielle du manioc à l’exemple des pays comme la Thaïlande qui produit 20% de la production mondiale et exporte 80% des denrées issues du manioc, ou comme le Nigeria qui produit 50 millions de tonnes par an”, a-t-il soutenu au cours de la cérémonie de lancement, appelant de ses vœux, la fabrication à grande échelle du pain à base de la farine de manioc. Au Cameroun, le manioc est consommé en tubercules ou transformé en mets locaux (“Mitumba”, bâton de manioc, Beignet de manioc, tapioca, chips etc).

Anne Matho

Olivier De Schutter, Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation au Conseil des Droits de l'Homme des Nations unies.

Olivier De Schutter, Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation au Conseil des Droits de l’Homme des Nations unies.

Olivier De Schutter, le Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation au Conseil des Droits de l’Homme des Nations unies a effectuée une mission au Cameroun et livré ses premières conclusions. L’agriculture du pays va mal et l’accès à une alimentation équilibrée reste un pari à relever.

« En dépit de l’adoption d’une série de mesures visant à la réduction de la pauvreté, le Cameroun a fait peu de progrès vers l’élimination de la pauvreté et la faim au cours des dix dernières années », tranche Olivier De Shutter, Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation au Conseil des Droits de l’Homme des Nations unies. Ce diplomate a effectué en juillet une visite officielle au Cameroun à l’invitation du gouvernement camerounais. Le diplomate note entre autres que la proportion de la population camerounaise qui vit en dessous du seuil de pauvreté est restée quasiment stable (autour de 40 %) depuis 2001 et que l’insécurité alimentaire n’a que faiblement diminué.

Les personnes les plus vulnérables à l’insécurité alimentaire se recrutent dans les zones rurales. Ainsi 9,6 % des ménages ruraux, comparés à 6,7 % dans les zones urbaines, n’ont pas accès à une nourriture suffisante en raison de la pauvreté et de leur incapacité à produire assez de nourriture pour leur propre consommation. Les observations du diplomate onusien révèlent que 33 % des enfants souffre de malnutrition chronique, ce qui entrave gravement leur croissance et leur développement. La situation étant particulièrement grave dans les zones rurales, comme en témoigne l’indice d’insuffisance pondérale chez les enfants, affectant 20 % en milieu rural contre 7 % en milieu urbain.

 

Une situation alarmante dans le septentrion

Une forte disparité existe aussi entre les régions. L’insécurité alimentaire étant plus chronique dans les régions de l’Extrême Nord et du Nord, suivies des régions anglophones du Sud-ouest et du Nord-Ouest. Le haut niveau de l’insécurité alimentaire dans les régions du Grand Nord est lié à des conditions climatiques et aux aléas climatiques récurrents, y compris des inondations en 2010 et des sécheresses en 2009 et 2011. Selon une évaluation de la sécurité alimentaire effectuée en 2011, 81 pour cent des ménages ruraux dans la région du Grand Nord, où résident 30 pour cent des Camerounais, sont dans une situation d’insécurité alimentaire.

Un marché à l'Ouest du Cameroun.

Un marché à l’Ouest du Cameroun.

Pour limiter ces effets, le gouvernement avait déclaré une situation d’urgence dans la région de l’Extrême-Nord, et un appel à l’aide internationale avait été lancé. Une unité d’alerte précoce (National Early Warning Unit) avait été créée au sein du ministère de l’Agriculture et d’autres structures de gouvernement pour coordonner la réponse aux situations d’urgence alimentaire récurrente. « Des interventions en amont, visant à renforcer la capacité de production locale et à préparer la population à faire face aux impacts des chocs climatiques, sont à la fois plus efficaces et moins coûteuses que des interventions entamées une fois que la crise se déroule », fait remarquer Olivier De Shutter qui salue néanmoins l’initiative du gouvernement. Il appelle par ailleurs les partenaires du Cameroun à en tirer les conséquences s’agissant des modalités de déclenchement de leur réponse aux appels à la communauté internationale.

Associer aux ministères de l’agriculture et du développement rural et à celui du commerce, les ministères en charge du travail, des affaires sociales, de la formation professionnelle et de la promotion de femme permettraient selon Olivier de Shutter de se rapprocher des objectifs de sécurité alimentaire au Cameroun. « En outre, il faut renforcer le dialogue avec la société civile et avec les organisations de producteurs …, prendre des mesures garantissant la sécurité alimentaire dans le court terme, notamment en renforçant l’abordabilité des denrées alimentaires de base pour les groupes défavorisés, et préparer le long terme, en allant vers un élargissement de la protection sociale et vers une relance des cultures vivrières permettant au pays de réduire sa dépendance sur l’évolution des prix sur les marchés internationaux », sont entre autres pistes de solutions que propose Olivier De Shutter. La mission de ce diplomate au Cameroun donnera lieu à un rapport qui sera présenté au Conseil des Droits de l’Homme à sa vingt-deuxième session, qui se tiendra en mars 2013.

Charles Ngah Nforgang

Comice agropastoral d’Ebolowa 2010.

La fête du monde rural et des acteurs du monde agricole qui se célèbre en ce mois de décembre à Ebolowa laissera encore bien des souvenirs dans le cœur des camerounais. Longtemps encore, les victoires et les échecs, les leçons qu’on y retire serviront aux éditions futures des comices agropastoraux comme l’ont été celles qui ont précédé Ebolowa 2010. En effet, le comice agropastoral écrit avec ses moyens, ses atouts, ses forces et ses faiblesses depuis bientôt quarante ans son histoire au Cameroun.

Il n’y avait pas meilleur moyen en 1973 de célébrer la réunification des deux Cameroun qu’une fête consacrée à la terre. Le président Ahmadou Ahidjo choisit alors la ville de Buea pour abriter le tout premier comice agropastoral. Le moment est alors tout indiqué pour célébrer l’unité retrouvée à travers les merveilles de la terre de nos ancêtres. Sa vocation est non seulement de booster l’agriculture, intensifier la production agricole du pays, promouvoir l’autosuffisance alimentaire mais aussi de stimuler les agriculteurs à plus d’ardeur au travail. L’occasion est tout indiquée aux agriculteurs pour se retrouver, échanger des expériences, rivaliser au détour d’une compétition sur la qualité et la qualité de leurs produits.

Comme pour quadriller l’ensemble du pays, l’édition du comice de  l’année 1974 se tient à N’gaoundéré dans la partie septentrionale du pays. L’opportunité est alors donnée aux acteurs du monde agropastoral de goûter aux délices du climat de cette ville située aux confins des climats équatoriaux et sahéliens. N’gaoundéré corrige les imperfections de l’édition précédente et consacre une fête populaire. L’animation est au grand rendez vous. Les nombreuses autorités du pays présentes à la grande fête tirent les leçons et de retour à Yaoundé décident de consacrer plus de temps à la préparation de chaque comice.

Bertoua prend le relais sept ans plus tard en 1981. Le temps pris pour sa préparation est récompensé par son exceptionnelle organisation. Les primes de plus consistants sont remises aux producteurs méritants. La compétition est rude. L’émulation est à son paroxysme. Le comice devient progressivement une véritable école où les producteurs vont apprendre auprès des autres. Les chercheurs comprennent et intègrent la nécessité  de  s’appuyer sur les attentes et les difficultés des producteurs pour orienter leurs recherches. Ils n’en repartent pas moins avec des thèses et des axes de recherche et profitent de la tenue de chaque comice pour présenter les nouvelles découvertes et techniques à même de booster la production.

Comice rénové avec le renouveau

L’accession du président Paul  Biya à la magistrature suprême et qui s’accompagne d’un plus grand espoir en l’avenir se répercute sur le comice de 1984. La ville de Bamenda dans la province du Nord-Ouest est choisie pour abriter l’évènement. La présence du tout nouveau chef d’Etat qui assiste à son premier grand évènement d’envergure populaire apporte une touche spéciale à l’évènement. Le comice devient un moment véritable de communion entre les gouvernants et les gouvernés et davantage avec les paysans pas habitués aux visages des plus hautes autorités du pays. La fête du monde rural est désormais une fête nationale au même titre que celle du 20 mai. Bien plus que le jour de la fête nationale, elle dure trois à quatre jours et fait de nombreux heureux. En dehors de l’argent, des producteurs reçoivent pendant les comices des primes exceptionnelles à l’instar des voitures, des médailles et posent avec les plus grandes autorités du pays dont le président de la République. C’est aussi l’occasion de faire de bonnes affaires car presque l’essentiel des produits exposés et destinés à la vente trouvent preneurs.

Maroua viendra en 1988 faire mentir tous les pronostics. Alors que le Cameroun connaît une crise économique caractérisée par la chute de la vente de ses principaux produits de rente, le comice de Maroua fût pourtant le plus élaboré et l’un des plus réussis. Bien malin est celui qui aurait prévue une telle réussite. Excentrée à l’extrême nord du pays, arrosé par un climat sahélien avec des températures qui dépassent les 40 degrés, Maroua ne partait pas favori sur le plan de la mobilisation populaire et pourtant…Il permit d’apprécier les prouesses inégalables des agriculteurs et des éleveurs camerounais. L’artisanat qui a toujours accompagné les précédents comices  se fît plus présent. Des cases aux toits de chaume, des objets d’art de toutes les variétés  et une animation culturelle exceptionnelle vont meubler les quelques jours que durent l’évènement.

Ebolowa 2010

Plus de vingt ans après Maroua, voici Ebolowa 2010. La fête du monde rural retourne dans le sud du pays et comme par enchantement dans la province du sud. Avec un budget de 40 milliards, il s’annonce comme le plus gâté avec des réalisations prévues qui sont  de nature à rendre jaloux les précédents comices. Gardons nous de faire son procès maintenant qui aurait bien sa place à partir du 15 décembre. Une fois encore la ville d’Ebolowa, la province du sud et le Cameroun tout entier bénéficiera des retombées du comice comme ce fut le cas pour les précédents.

Les comices constituent non pas seulement un stimulus pour les agriculteurs à plus d’ardeur au travail, mais aussi une occasion idoine d’intéresser les citoyens, les hommes d’affaire et les bailleurs de fonds à l’agriculture. Son impact sur le plan économique est indéniable. L’organisation des comices est une occasion pour l’Etat de doter les régions et les villes bénéficiaires de son organisation d’infrastructures qui résistent bien après le comice. De nouvelles routes, des immeubles, des hôtels sont généralement construits. Le village du comice doté de toutes les commodités ne devient pas moins un centre commercial  qui fera bien des années après la fierté de la ville ou de la région. Ebolowa et toute la région du Sud ne nous démentiront point…

Charles Ngah Nforgang