Le blog du Rajad

Archive for the ‘Agriculture’ Category

slow foodLa Fondation Slow Food basée à Bra en Italie appelle les africains à consommer leurs produits locaux afin de retrouver et conserver leur véritable identité et conquérir leur souveraineté perdue.

 

Le constat fait par la fondation slow food dont le siège est en Italie avec des représentations dans une trentaine de pays africains est clair. “Les africains délaissent leur propre gastronomie pourtant très riche au profit de la gastronomie européenne ou étrangère”. Or à en croire Carlo Petrini, président international et fondateur de Slow Food, “la colonisation aujourd’hui passe par la gastronomie et il est temps d’y mettre fin en sensibilisant les africains à consommer africains”, soutient-il au cours d’un échange avec des journalistes africains au siège de la fondation en Italie.

Pour le président de cette organisation qui a engagé un projet visant à créer 1000 jardins maraîchers dans de nombreux pays africains, dont plus de la moitié sont opérationnels, la souveraineté d’un peuple ou d’un pays passe par la souveraineté alimentaire. “Les africains ne connaîtront pas de souveraineté alimentaire tant qu’ils ne consommeront pas les mets africains et ne respecteront pas les producteurs locaux”, pense Carlo Petrini.

 

Exode rural et Ogm

La fondation Slow food regrette la percée de l’exode rural qui fait fuir de nombreux jeunes des campagnes pour les villes. Or en ville, il n’y a pas de terres à cultiver. “On ne consomme pas l’ordinateur, mais la nourriture. Nous devons aider les jeunes africains à s’intéresser à l’agriculture et leur en donner les moyens”, invite Carlo Petrini. Il regrette par ailleurs que les organismes génétiquement modifiés soient introduits subrepticement en Afrique. Ceux-ci comportent des conséquences fâcheuses qui ne sont pas maîtrisées par les africains. “Nous sommes contre les Ogm parce qu’ils consomment beaucoup d’eau et leurs effets sur la santé de l’homme n’ont pas encore été prouvés. Bien plus, ils sont produits par des multinationales à qui il faudra toujours payer des royalties”, dénonce le président de Slow food.

Cette fondation qui ne manque pas l’occasion d’appeler les africains à dénoncer les Ogm soutient par ailleurs que les européens manque de respect à l’Afrique en tentant d’y introduire des cultures pourtant interdites en Europe. Carlo Petrini fait remarquer que l’introduction des Ogm en Afrique va contribuer à la perte de la biodiversité chère à l’Afrique du fait de ce type d’agriculture qui est généralement intensive. “Nous devons amener les jeunes africains à le savoir et les journalistes doivent s’approprier ce combat, en plus du combat de la décolonisation de la gastronomie africaine”, interpelle Slow.food. Cette fondation a financé la production des guides et des livres de cuisine pour mets africains en fonction des pays et accompagne des africains dans la création de restaurants spécialisés en mets africains.

Slow Food est une organisation mondiale fondé en 1989 avec plus de 100 000 adhérents dans plus de 150 pays à travers le monde. Les différents membres sont mus par la volonté d’établir un lien entre le plaisir de la bonne nourriture avec un engagement envers leur communauté et l’environnement. Organisation à but non lucratif, Slow food a l’ambition de contrer la montée de la restauration rapide connu sous le nom de Fast food qui contribue à la disparition des traditions gastronomiques. Elle milite pour la prise en compte des choix alimentaires des différentes communautés et la manière dont ceux-ci affectent le reste du monde.

Oumarou Doukhali

Les nouvelles variétés de manioc.

Les nouvelles variétés de manioc.

Cinq nouvelles variétés, plus productives, devraient redonner ses lettres de noblesse à un produit consommé par près de 85 % de la population locale.

 

Bonne nouvelle pour les producteurs camerounais de manioc. Cinq nouvelles variétés améliorées de manioc, expérimentées par l’International institut of tropical agriculture (IITA) en collaboration avec le Programme national de développement des racines et tubercules (Pndrt) et l’Institut de recherche agricole pour le développement (Irad), sont en cours de vulgarisation au Cameroun depuis septembre dernier. Elles vont booster la production annuelle de manioc du Cameroun, qui n’est actuellement que d’environ 19 millions de tonnes, alors que la demande se situe autour de 50 millions de tonnes.

 

25 tonnes/ha au lieu de 12

« Leur rendement est de 25 à 27 tonnes par hectare contre une production de 12 tonnes maximum pour les variétés non traitées », ont affirmé leurs promoteurs au cours de la cérémonie de lancement sur le campus de l’IITA à Yaoundé, le 11 septembre dernier. Par ailleurs le cycle de production de ces boutures améliorées serait court, les récoltes se faisant 12 mois après la plantation, alors que les variétés traditionnelles n’atteignent la maturité qu’à partir de 18 mois. Grâce à leurs caractéristiques, les nouvelles boutures profiteront aux populations de toutes les localités du Cameroun. Sur les cinq variétés mises sur le marché, quatre sont appropriées aux terres humides du sud du pays. L’autre offre l’avantage d’être adaptée à la zone sahélienne (Nord du Cameroun), parce qu’étant plus résistante à de longues sécheresses.

Le tapioca, un produit issu de la transformation du manioc.

Le tapioca, un produit issu de la transformation du manioc.

 

Diversifier les produits

Au Cameroun, le manioc qui est consommée par 85 % de la population, rapporte plus de 25 milliards de Fcfa par an et représente la deuxième source de revenu dans les zones rurales après les cultures de rente notamment le café et le cacao. Conscient de l’enjeu de cette culture pour l’économie camerounaise, Essimi Menye, le ministre camerounais de l’Agriculture et du Développement rural (Minader), a encouragé les producteurs camerounais à acquérir ces innovations. “Les Camerounais gagneraient à s’engager dans la production non plus seulement domestique, mais aussi industrielle du manioc à l’exemple des pays comme la Thaïlande qui produit 20% de la production mondiale et exporte 80% des denrées issues du manioc, ou comme le Nigeria qui produit 50 millions de tonnes par an”, a-t-il soutenu au cours de la cérémonie de lancement, appelant de ses vœux, la fabrication à grande échelle du pain à base de la farine de manioc. Au Cameroun, le manioc est consommé en tubercules ou transformé en mets locaux (“Mitumba”, bâton de manioc, Beignet de manioc, tapioca, chips etc).

Anne Matho

Olivier De Schutter, Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation au Conseil des Droits de l'Homme des Nations unies.

Olivier De Schutter, Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation au Conseil des Droits de l’Homme des Nations unies.

Olivier De Schutter, le Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation au Conseil des Droits de l’Homme des Nations unies a effectuée une mission au Cameroun et livré ses premières conclusions. L’agriculture du pays va mal et l’accès à une alimentation équilibrée reste un pari à relever.

« En dépit de l’adoption d’une série de mesures visant à la réduction de la pauvreté, le Cameroun a fait peu de progrès vers l’élimination de la pauvreté et la faim au cours des dix dernières années », tranche Olivier De Shutter, Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation au Conseil des Droits de l’Homme des Nations unies. Ce diplomate a effectué en juillet une visite officielle au Cameroun à l’invitation du gouvernement camerounais. Le diplomate note entre autres que la proportion de la population camerounaise qui vit en dessous du seuil de pauvreté est restée quasiment stable (autour de 40 %) depuis 2001 et que l’insécurité alimentaire n’a que faiblement diminué.

Les personnes les plus vulnérables à l’insécurité alimentaire se recrutent dans les zones rurales. Ainsi 9,6 % des ménages ruraux, comparés à 6,7 % dans les zones urbaines, n’ont pas accès à une nourriture suffisante en raison de la pauvreté et de leur incapacité à produire assez de nourriture pour leur propre consommation. Les observations du diplomate onusien révèlent que 33 % des enfants souffre de malnutrition chronique, ce qui entrave gravement leur croissance et leur développement. La situation étant particulièrement grave dans les zones rurales, comme en témoigne l’indice d’insuffisance pondérale chez les enfants, affectant 20 % en milieu rural contre 7 % en milieu urbain.

 

Une situation alarmante dans le septentrion

Une forte disparité existe aussi entre les régions. L’insécurité alimentaire étant plus chronique dans les régions de l’Extrême Nord et du Nord, suivies des régions anglophones du Sud-ouest et du Nord-Ouest. Le haut niveau de l’insécurité alimentaire dans les régions du Grand Nord est lié à des conditions climatiques et aux aléas climatiques récurrents, y compris des inondations en 2010 et des sécheresses en 2009 et 2011. Selon une évaluation de la sécurité alimentaire effectuée en 2011, 81 pour cent des ménages ruraux dans la région du Grand Nord, où résident 30 pour cent des Camerounais, sont dans une situation d’insécurité alimentaire.

Un marché à l'Ouest du Cameroun.

Un marché à l’Ouest du Cameroun.

Pour limiter ces effets, le gouvernement avait déclaré une situation d’urgence dans la région de l’Extrême-Nord, et un appel à l’aide internationale avait été lancé. Une unité d’alerte précoce (National Early Warning Unit) avait été créée au sein du ministère de l’Agriculture et d’autres structures de gouvernement pour coordonner la réponse aux situations d’urgence alimentaire récurrente. « Des interventions en amont, visant à renforcer la capacité de production locale et à préparer la population à faire face aux impacts des chocs climatiques, sont à la fois plus efficaces et moins coûteuses que des interventions entamées une fois que la crise se déroule », fait remarquer Olivier De Shutter qui salue néanmoins l’initiative du gouvernement. Il appelle par ailleurs les partenaires du Cameroun à en tirer les conséquences s’agissant des modalités de déclenchement de leur réponse aux appels à la communauté internationale.

Associer aux ministères de l’agriculture et du développement rural et à celui du commerce, les ministères en charge du travail, des affaires sociales, de la formation professionnelle et de la promotion de femme permettraient selon Olivier de Shutter de se rapprocher des objectifs de sécurité alimentaire au Cameroun. « En outre, il faut renforcer le dialogue avec la société civile et avec les organisations de producteurs …, prendre des mesures garantissant la sécurité alimentaire dans le court terme, notamment en renforçant l’abordabilité des denrées alimentaires de base pour les groupes défavorisés, et préparer le long terme, en allant vers un élargissement de la protection sociale et vers une relance des cultures vivrières permettant au pays de réduire sa dépendance sur l’évolution des prix sur les marchés internationaux », sont entre autres pistes de solutions que propose Olivier De Shutter. La mission de ce diplomate au Cameroun donnera lieu à un rapport qui sera présenté au Conseil des Droits de l’Homme à sa vingt-deuxième session, qui se tiendra en mars 2013.

Charles Ngah Nforgang

 

GEORGES EBELLE, promoteur agribis

La plate forme AGRIBIS crée par Agrocom relie désormais les professionnels du secteur agricole aux marchés agricoles et facilite l’accès des petits producteurs aux marchés. Les informations (prix, offre d’achat, de vente…) sont envoyées ou reçues par SMS à la demande. Son promoteur, Georges Ebelle explique son fonctionnement et livre les avantages de cet outil qui révolutionne les échanges entre producteurs et clients.

Qu’est-ce que Agribis ?

AGRIBIS  est un système d’information sur les marchés agricoles (SIM) de deuxième génération (basé sur les TIC) qui relie les Hommes, les métiers et les marchés. Il est conçu pour mettre en un réseau unique, les différents acteurs du monde rural que sont: les agriculteurs, les agro-fournisseurs, les commerçants, les importateurs et les exportateurs de produits et intrants  agricoles.

AGRIBIS est une plateforme de convergence entre le téléphone mobile et Internet qui permet :

(i)     d’accéder très facilement aux données commerciales par téléphone portable (SMS), fax, ou Internet, donnant ainsi l’opportunité aux agriculteurs, éleveurs commerçants, importateurs et aux exportateurs de recevoir quotidiennement et en temps réel, des informations sur les prix (gros, délais) sur les différents marchés agricoles au Cameroun et dans cinq pays européens (France, Belgique, Allemagne, Suisse, Espagne) ;

(ii)    de recevoir par SMS sur son téléphone mobile à la demande, des prévisions météorologiques hebdomadaires  détaillées des villes dans le monde, ou des alertes sur « les épidémies et ravageurs de cultures ou des épizooties et zoonoses» dans chaque région du Cameroun ;

(iii)   de poster en temps réel par SMS à partir du téléphone mobile des offres d’achat et de vente des produits ou intrants agricoles auprès de l’ensemble de la communauté.

(iv)   de créer des graphiques  grâce à son intégration avec Google Maps, qui facilitent la réalisation des prévisions de production, ou la comparaison des prix entre les différents marchés d’un pays, ou entre les marchés d’un pays et d’un autre, dans le but entre autres d’identifier les nouvelles opportunités d’affaires, etc.

(v)    Enfin, cet outil offre la possibilité aux agriculteurs, aux éleveurs, aux commerçants, aux exportateurs, qui le désirent de solliciter que l’équipe de AGRIBIS leur créent et gèrent gratuitement leurs sites web personnalisés (blogs) à travers lesquels ils peuvent présenter leurs services et leurs offres.

AGRIBIS met en réseau les différents groupes d’acteurs qui interviennent dans le secteur agricole afin qu’ils échangent des informations stratégiques (sur les marchés, par exemple), et qu’ils entreprennent des activités conjointement sans que leur autonomie personnelle n’en soit réduite.

En définitive, AGRIBIS tel qu’il se présente actuellement regroupe les cinq (5) spécificités propres au SIM de deuxième génération :

  1. Il améliore l’offre d’information destinée aux acteurs du marché (fiabilité, délai, diversité, accessibilité) ;
  2. Il renforce l’impact de l’information, par la fourniture de services complémentaires destinés aux acteurs de marché ;
  3. Il répond mieux aux besoins d’information liés à l’élaboration, la mise en œuvre des politiques publiques ;
  4. Il améliore la réactivité et la capacité d’ajustement du Système National d’Alerte Rapide ;
  5. Il peut atteindre facilement son autofinancement pour peu que les acteurs sont impliqués et qu’ils se l’approprient

Pour ce qui a trait à son fonctionnement, les données sont collectées dans les marchés ciblés au Cameroun (120 marchés) par des agents assermentés relevant des ministères de l’agriculture et de l’élevage et du commerce ou par des agro-fournisseurs. Ces données sont transmises dans la plateforme AGRIBIS par téléphone mobile ou par Internet, et un responsable des données vérifie la véracité des informations entrantes et les valide de manière à garantir la constance de la qualité de celles-ci.  Après approbation, elles sont enregistrées dans la base de données et stockées sur un serveur en ligne. AGRIBIS permet aux utilisateurs d’accéder par SMS (au moyen d’un numéro court) ou en ligne, aux informations d’actualité comme aux données archivées à moindre coût.

Quant aux données sur les marchés européens, une convention lie AGROCOM au Centre de Commerce International pour la fourniture des données en ligne.

A quels besoins répond cet outil ?

Aux besoins d’informations à différents niveaux. En effet, l’expérience acquise dans la dynamique d’organisation, de structuration et de renforcement capacitaire des paysans au cours des dix sept dernières années, nous a permis d’observer que l’absence d’informations correctes et appropriées sur les marchés, constitue un obstacle majeur aux efforts déployés par tous les intervenants du secteur agricole. En effet,  l’accès insuffisant aux informations sur les marchés empêche les agriculteurs de suivre l’évolution des prix et réduit leur capacité à négocier avec les commerçants.

Plus généralement, les producteurs  manquent : (i) de connaissance du marché et des prix (asymétrie informationnelle), (ii) de connaissance de leurs propres capacités de production ; (iii) d’accès aux marchés financiers (crédit) et aux intrants ; (iv) de capacité de stockage pour jouer sur les prix ; (v) de capacités d’attendre avant de vendre leur production (besoin de trésorerie) ; (vi) de capacités de gestion économique de leur exploitation. Et, tant que ces asymétries de pouvoir n’auront pas disparu, la libéralisation des filières s’effectuera au détriment des plus faibles.

Dans un contexte marqué par : (i) une forte demande des informations (statistiques pertinentes sur les filières) nécessaires au pilotage de la Stratégie pour la Croissance et l’Emploi, de la Stratégie de Développement du Secteur Rural, et de la faiblesse de coordination des initiatives ; (ii)  de la faiblesse des capacités d’analyse de l’impact des politiques agricoles par les acteurs étatiques, et de (iii) la faiblesse du Système Nationale d’Alerte Rapide et la vétusté du système de collecte et de diffusion des données météorologiques préjudiciables au développement des filières agricoles, AGRIBIS devrait être perçu par la Puissance Publique comme  un moyen de sortir d’une impasse. En effet, AGRIBIS permet à la fois : (i) de «faire sortir» l’information sur les filières et de mettre en place un outil transversal d’évaluation de l’impact du projet publique sur  le développement ; (ii) d’être un outil d’amélioration de la gouvernance, et enfin, (iii) un outil d’information, d’animation et de dissémination des contenus

Enfin, du côté des bailleurs de fonds et des organismes d’appui, AGRIBIS a pour objectif d’améliorer, à court et moyen terme, l’efficacité des projets sectoriels qu’ils financent. En effet, le manque d’information fiable et le cloisonnement de l’information existante constituent un handicap pour l’identification et l’instruction des projets, puis pour l’évaluation de leur impact. Dans un tel contexte, AGRIBIS devrait être perçu comme la clé de cette rationalisation puis qu’il facilitera une plus grande diffusion des informations stratégiques

Quel apport pour le monde rural ?

Notre action vise en priorité à : (i) fournir à moindre coût aux acteurs des marchés agricoles des informations de marchés stratégiques, facilement accessibles (par SMS), fiables et en temps réel, pour palier aux asymétries d’informations, et renforcer le pouvoir de négociations des producteurs vis-à-vis des commerçants, agro-fournisseurs ou importateurs, ou d’affiner leur stratégie commerciale en tirant parti des avantages offerts par le système commercial devenu « transparent» ; (ii) aider la Puissance Publique à mieux répondre aux besoins d’informations liés à l’élaboration et la mise en œuvre des projets agricoles, des politiques et stratégies agricoles ou plus généralement des politiques publiques. Le monde rural pourrait ainsi tirer profit de l’amélioration des l’environnement du secteur qui s’en suivrait pour développer davantage les productions agricoles. (iii) Aider la Puissance Publique à améliorer la réactivité et la capacité d’ajustement du Système National d’Alerte Rapide et du Système de collecte et d’Information Météorologiques en panne depuis des décennies, et aux acteurs des alertes météo et épidémies, nécessaires dans la conduite de leurs exploitations.

Quelle est son évolution ?

La plateforme AGRIBIS dédiée aux produits agricoles est opérationnelle,  en ligne et consultable sur www.agribis.biz. 400 000 acteurs s’y sont inscrits. Pour ce qui concerne le module « intrants agricoles », nous organisons à Douala les 17 et 18 octobre 2012, un atelier de concertation avec les agro-fournisseurs du Cameroun pour définir les points-clés qui nous permettrons d’implémenter ce module et de l’intégrer à AGRIBIS dans les deux prochains mois.

Dans le même temps, conscient de la faible dotation en infrastructures et en équipements de télécommunications dans les régions rurales, et de l’analphabétisme, nous avons orienté notre travail dans le développement des applications mobile. Ainsi, l’application mobile est déjà disponible dans ses versions Java et Androïd et nous entamerons bientôt la version RIM.

En l’accord du Ministère de l’Elevage, des Pêches et des Industries Animales au Cameroun, nous lancerons en  début 2013 des travaux qui nous conduirons vers le développement d’un module « marché à bétail », plus complexe, car intégrant un Système d’Information Géographiques sur les parcours de transhumance.

Quels sont les obstacles ?

Une telle activité est en règle générale exposée à deux types d’obstacles : (i) les obstacles opérationnels qui ont une incidence dans l’atteinte des résultats, et (ii) les obstacles externes. Parmi les obstacles opérationnels, le plus important est que le monde rural est très peu réceptif à l’innovation. Pour lever cet obstacle, nous avons adopté une démarche itérative entre la mise au point de l’outil technique et la construction d’un cadre de concertation entre ses bénéficiaires. Grâce à cette démarche, nous avons crée une interactivité technique entre AGRIBIS et ses bénéficiaires, ce qui a facilité l’implication et l’adhésion des bénéficiaires, comme le démontre le nombre d’inscrits à AGRIBIS à ce jour.

Parmi les obstacles externes, le « risque technologique » caractérisé par un affaiblissement du réseau de téléphonie, du faible taux de couverture ou des difficultés de connexion en milieu rural est celui auquel nous sommes le plus exposé et auquel, nous ne pouvons rien.

Par Charles NGAH NFORGANG

Un producteur de poivre camerounais.

Grâce à l’appui d’une Ong locale, des producteurs de poivre et de cacao améliorent en quantité et en qualité leur rendement. Ils vendent au plus offrant et sont autonomes. La maitrise du processus, du semis à la vente, permet à chaque acteur de trouver son compte.

Entre les localités de Loum et Penja, une route non bitumée mène à Tombel. Après deux kilomètres de route, notre guide, moto taximan, rompt le silence. "Nous sommes déjà dans la zone de Bouba", nous apprend-il. Le long de la route en latérite, des cacaoyers propres, qui débordent de bonne santé et dont les troncs portent de grosses et nombreuses cabosses jaunes retiennent l’attention.

Le spectacle continue jusqu’à Bouba 1, village où vivent les propriétaires de ces belles plantations. Chaque case éclairée à l’aide de groupes électrogènes compte un séchoir moderne. Des fèves de cacao sur lesquelles veillent des jeunes y sont exposées. "Nos cases en planches sont en train d’être remplacées par des maisons en matériaux définitifs et tout cela est l’œuvre de la bonne santé de nos cacaoyères et surtout de notre structuration depuis bientôt cinq ans", fait remarquer Angilbert Fokou, président du conseil d’administration de l’Union des Groupes d’initiatives communes (Gic) de Bouba (UGB), qui regroupe huit Gics de producteurs de cacao.

 

Les fruits d’une bonne structuration

Choqué par le comportement des "coxeurs", ces acheteurs de cacao qui sillonnent les  zones de production, Angilbert Fokou crée en 2009 un Gic. Objectif : regrouper les producteurs de son quartier et procéder à la vente groupée de leur produits. L’expérience est réussie et il est suivi par d’autres villageois qui créent de nouveaux Gics. Cet effort de structuration va marquer le Centre d’insertion aux métiers agricoles et ruraux (Cimar), un organe crée par Agro-Pme Fondation en 2008 dans le cadre de ses activités d’appui à l’insertion socioéconomique des jeunes sans emploi et de soutien aux petits paysans pour l’accès aux marchés dans les meilleures conditions possibles.

La finalité de cette structure est de lutter contre la pauvreté et d’améliorer  les conditions de vie des populations rurales. Elle encourage les différents Gics de Bouba à former une fédération dénommée UGB. Grâce à une école paysanne crée dans la localité, le Cimar  forme les producteurs aux techniques modernes de production et leur apporte l’outillage nécessaire. Ils sont par ailleurs assistés dans le traitement du verger, la construction de séchoirs modernes qui évitent tout contact des fèves de cacao avec la fumée. "Nous évitons au maximum les intoxications de fèves grâce à la limitation des résidus de pesticides, séchons le cacao dans des séchoirs modernes. Du coup, notre cacao est un cacao de qualité supérieure qui fait courir de nombreux clients. Nous sommes en train de construire un label", se vante Angilbert Fokou.

 

Les producteurs vivent mieux

Le Cimar a contribué à l’amélioration de la qualité et de la production cacaoyère de Bouba, et démultiplié les revenus des producteurs. Ces derniers procèdent deux fois par mois à une vente groupée de leurs produits sur place dans le village. "Avec les coxeurs, on avait difficilement vendu le kilogramme de café à 1000 Fcfa, aujourd’hui on est au moins à 1100 F et avons atteint une fois 1700 Fcfa", confie le président de l’UGB. Grâce au partenariat noué avec l’ONCC, les paysans sont informés au quotidien par Sms du coût du cacao à Londres, à Douala et des coûts minima ou maxima de vente du produit au pays.

Séché, chaque cacaoculteur transporte son cacao au magasin de l’Union. Celui-ci est testé à l’aide d’un hydromètre qui permet d’apprécier le taux d’humidité qui ne doit pas dépasser la barre de 8. Au-delà, le producteur est prié d’aller le sécher de nouveau et attendre la prochaine vente. Le tonnage global est arrêté et communiqué par téléphone aux potentiels clients déjà identifiés. Chacun propose son prix et le plus offrant l’emporte. Le gagnant de la mise du jour verse directement le montant arrêté dans le compte du groupement à la microfinance Mc2 de Njombe. "Grâce au Cimar, le groupement à un compte, tout comme la plupart des membres. Une fois que l’argent est transféré dans ce compte par le client, il vient à Bouba procéder à la pesée et emporter son cacao. Les signataires de notre compte se contentent alors de transférer les montants qui correspondent au cacao proposé par chaque membre dans son compte personnel. Plus besoin de traîner de grosses sommes et courir le risque d’une agression", explique Angilbert Fokou.

Le Cimar a également mis en contact les producteurs de Bouba avec la société industrielle camerounaise de cacao (Sic cacao) qui transforme environ 30.000 tonnes de cacao local au profit des chocolateries de la Suisse, du Nigeria et des pays de la Cemac. Cette société s’est engagée à adapter la qualité de la production à son goût en offrant aux producteurs un produit qu’il devait mélanger aux fèves avant la fermentation et les a imposé le séchage au soleil. Les producteurs vont vite déchanter à cause des prix proposés par Sic cacao après deux ventes. "Nous vendons notre cacao au plus offrant et avions été obligé de rompre le contrat avec Sic Cacao après avoir constaté que ses prix étaient inférieurs aux prix proposés par d’autres clients", explique le président de l’UGB.

L’organisation prélève 10 Fcfa par Kg de cacao vendu par ses membres. La moitié de cette somme est affectée à son fonctionnement et l’autre à la réalisation des projets de développement du village. Elle a doté le collège du village d’un bâtiment, le stade de football d’une tribune et acheté un lopin de terre pour la construction de son magasin. Grâce à un appui de 17 millions obtenu du Ministère de l’agriculture grâce à l’entregent du Cimar, l’UGB a fait des achats des pesticides et d’intrants qu’il distribue à ses membres et recouvre l’argent ensuite pour reconstituer le fonds. L’Union dispose déjà de 11000 plants prêts à rentrer sous terre qui seront distribués à ses membres. Un autre appui du Cimar qui entend ainsi aider ces cacaoculteurs à renouveler chaque année leur verger avec des plants de qualité.

Les producteurs de poivre ne sont pas en reste.

Le Cimar contribue aussi à la structuration des producteurs de poivre de l’arrondissement de Penja. L’objectif étant d’arriver à donner un label à l’un des meilleurs poivres au monde, cultivé dans cette zone et permettre aux producteurs d’en jouir pleinement. "Nous les avons structuré et les accompagnons en partenariat avec l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (Oapi) dans le processus d’identification géographique qui est l’étape principale pour arriver à la certification", explique Simon Pierre Bikele, le directeur du Cimar. Les producteurs de poivre ont été encouragés à se regrouper au sein du groupement représentatif de l’identification géographique poivre de Penja.

Le cluster poivre, alors mis en place, travaille en synergie. On compte dans cette dynamique une association de pépiniéristes dont les membres produisent les pépinières de poivre. Ces dernières sont ensuite mises à la disposition des producteurs regroupés eux aussi dans une association différente qui constitue le maillon essentiel de la chaîne. "Un poivrier met quatre à cinq ans avant de commencer à produire, ensuite, il faut investir beaucoup d’argent à toutes les étapes jusqu’à la récolte", explique René Claude Metomo, producteur de poivre et Président du groupement représentatif de l’identification géographique poivre de Penja. A l’en croire, une fois récolté, le producteur doit disposer de séchoir, de bacs de trempage, de seaux, de l’eau potable et de plusieurs autres équipements qui nécessitent de lourds investissements.

Le poivre récolté doit être vendu et pour le faire, une association des distributeurs a été créée. Ils reçoivent le produit dans des conditionnements, dont des sacs de 50kg, ou encore dans des conditionnements d’1kg, 500 g, 100 g ou 50 g destinés aux supermarchés. Trop prisé, le poivre de Penja est vendu dans l’union européenne et dans plusieurs autres pays africains.

 

Protéger le marché et gagner plus

Du fait de sa notoriété, de nombreuses personnes vendent un poivre différent parfois importé et le présente comme poivre de Penja. "La seule façon de nous en sortir, c’est d’obtenir un label qui sera protégé et cela passe par le processus d’identification géographique déjà engagé", pense Eric Claude Metomo. La zone de production sera alors circonscrite. Les producteurs respecteront un cahier de charge et leur récolte sera conditionnée dans une unité qui y apposera une vignette avant la mise sur le marché national et international. "Il sera alors facile de séparer le bon grain de l’ivraie et de permettre à tous les acteurs de la chaîne de gagner gros. Nous sommes si sollicités à l’étranger qu’une fois ce préalable acquis, les producteurs de poivre rouleront sur de l’or", soutient-on au groupement représentatif de l’identification géographique poivre de Penja.

Charles Ngah Nforgang

Afrique en miniature aux terres fertiles et propices à tout type de culture et  d’élevage, le riche potentiel agricole du Cameroun est encore sous exploité et ne lui permet pas d’assurer son autosuffisance alimentaire. Des voies de sorties de cette situation alarmiste existent pour autant : Tentatives de solutions.

 

Le potentiel agricole du Cameroun est énorme et incontestable en Afrique Centrale. Avec une superficie de 4754 442 km2, le pays dispose de 71 250 km2 de terre arables dont seulement 29% sont jusqu’ici exploitées. 71% demeurent encore inexploitées et attisent même déjà les convoitises de nombreux investisseurs étrangers. Son climat qui va du climat équatorial humide près de l’Océan Atlantique, au climat tropical sahélien dans les régions proches du Lac Tchad constitue un avantage supplémentaire. Les cultures de rente à l’instar du cacao ou du café destinés à l’exportation sont cultivés dans le pays depuis des décennies et bien avant l’accession du pays à l’indépendance.

Le Cameroundispose  d’importantes potentialités  en matière de pêche qui résulte des 420 Km de côtes maritimes avec des forêts de mangroves et des lagunes, des barrages de retenue d’eau et d’un réseau hydrographique très dense exploitable pour la pêche et la production halieutiques et propice au développement de l’agriculture irriguée. La pisciculture gagne progressivement du terrain et est comprise entre 2 300 et 20 000 tonnes par an. Le Cameroun est un grand pays d’élevage. On y élève notamment des bovins avec un cheptel estimé à environ 6 millions de tête, des petits ruminants, des porcs, des volailles, des équins, des asins et des camelins… Des cobayes, des aulacodes, des crocodiles, des grenouilles géantes, des rats de Gambie entre autres complètent la liste des animaux élevés dans le pays.

Et pourtant l’autosuffisance alimentaire demeure un leurre

Ce riche potentiel agricole souffre pourtant de nombreuses contraintes qui empêchent définitivement le pays d’assurer sa souveraineté alimentaire. Le Cameroun est encore fortement dépendant des exportations des denrées alimentaires et des produits halieutiques. Le volume des exportations est de plus en plus élevé.

La pêche artisanale est encore dominée par les étrangers, notamment les nigérians et les ghanéens qui n’hésitent pas à déverser le poisson pêché dans les eaux camerounaises à l’étranger. Des chinois qui ces dernières années ont obtenu plusieurs permis de pêche ou qui exploitent des permis à eux cédés par des nationaux en font de même. Ils sont par ailleurs régulièrement accusés d’utiliser le chalut-bœuf, une technique dévastatrice pour la faune aquatique. La dotation budgétaire allouée au Ministère de l’agriculture et à celui de l’élevage des pêches et des industries animales est de loin de loin inférieure à 10%. Seuil pourtant décidés par les différents chefs d’Etats et de gouvernements africains dont le Cameroun à Maputo il y’a bientôt dix ans.

L’agriculture locale est aussi handicapée par la corruption. De nombreux budgets affectés au développement de cette activité et à des programmes spécifiques de ce secteur d’activité sont détournés par les fonctionnaires en charge de leur gestion. Une enquête réalisée par l’association citoyenne pour la défense des intérêts collectifs et plus tard entérinée par la commission nationale anti-corruption avait révélé que plus de 60% du budget alloué au développement de la filière maïs en 2008 avait en guise d’exemple été détourné.

Il manque par ailleurs une certification et une faible prime à la qualité pour les producteurs des cultures de rente à l’instar du cacao ou encore du café. Faute d’appui, les producteurs ne sont pas assez bien structurés et les marchés où se rencontrent l’offre et la demande ne sont pas organisés. Les nombreuse recherches sortis des centres et instituts de recherche ne pas sont suffisamment vulgarisés et profitent difficilement aux petits producteurs qui habitent les zones rurales. Les politiques agricoles sont mal adaptés et ne correspondent pas toujours à la réalité des secteurs de l’agriculture et de l’élevage. Les intrants agricoles et notamment les engrais coûtent chers et ne sont pas à la portée des petits producteurs. La mécanisation est l’affaire des grandes sociétés industrielles dont l’essentiel de la production est pourtant destinés à l’exportation et non au marché local.

La politique foncière est un autre frein au développement de l’agriculture. Les femmes par exemple qui constituent un maillon important dans le secteur de l’agriculture n’ont culturellement pas accès à la propriété foncière. Les routes et moyens de transport inexistants ou délabrés ne permettent pas le transport facile  des produits des zones rurales vers les centres urbains où la demande est plus forte.  L’agriculture camerounaise souffre par ailleurs d’une carence de ressources pour accroître les investissements dans le secteur, faute d’une banque agricole. Les banques ordinaires ne lui accordent pratiquement pas des crédits. Le déficit criard en statistiques sur le secteur agricole pénalise considérablement le secteur agricole et déteint sur la qualité des politiques agricoles. Accéder à l’information agricole est une gageure à cause d’une part de la trop grande dispersion des services en charge de la collecte et d’autre part par l’inexistence d’un système d’information agricole capable de centraliser la multitude des études et enquêtes sectorielles touchant directement le secteur rural

 

Des voies de sorties existent pour autant

Augmenter le budget alloué à l’agriculture jusqu’à 10% tel que décidés par les chefs d’Etats africains réunis à Maputo sous l’égide de l’union africaine en 2002 constitue une étape décisive à la relance de l’agriculture. Ce budget doit être accompagné d’une politique agricole réaliste et objective centré sur des objectifs clairs et précis et échelonné sur une période bien précise. La sécurisation des fonds débloqués doit constituer un autre cheval de bataille afin d’éviter les détournements qui sont monnaie courante dans le secteur de l’agriculture.

Une véritable politique de facilitation des investissements dans le secteur de  l’agriculture doit être opérée. Elle peut être rendue possible par la création d’une banque agricole. Octroyer des subventions aux petits producteurs permettrait par la même occasion d’augmenter considérablement la production agricole. En effet, 90% des agriculteurs sont de petits producteurs qui font dans de la culture associée sur moins d’un hectare de terre et qui fournissent 95% de la production vivrière du pays. L’augmentation de la production locale permettrait alors un nivellement des prix sur le marché, étant donné que sur les marchés les prix varient en fonction de l’offre. Favoriser aussi les investissements étrangers dans le secteur tout en veillant qu’ils créeraient des emplois et que la production sera écoulée sur place…

Charles Ngah Nforgang


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